Comment trouver la bonne personne aidante ?


photo_baechler

Marie-Noëlle Baechler, praticienne de l’ACP auprès des personnes homosexuelles, bisexuelles, transsexuelles, transgenres et intersexuées

 

 

Note de Laurent Schachmann : ce texte, écrit à l’attention des LGBTI (personnes de la liste ci-dessus), peut être, à mon point de vue, généralisé à quiconque recherche un thérapeute profondément respectueux des différences. Ce qui n’enlève rien ni à la spécificité des difficultés rencontrées, ni à celle de l’accompagnement proposé.
Voici quelques éléments pour vous aider à trouver la bonne personne aidante pour vous-même

Choisir un thérapeute n’est facile pour personne. Le seul fait de contacter une personne pour lui demander d’entreprendre une relation d’aide est un geste qui est difficile pour nombre d’entre nous. Demander de l’aide, s’est s’admettre en difficulté. Quand on a été éduqué-e dans un environnement où cela est tabou (et c’est très fréquent), où la relation d’aide est réservée aux « fous », dans lequel on a appris à serrer les dents, à ne rien dire, à ne rien exprimer et à se débrouiller par soi-même, ce seul geste est, en lui-même, un bouleversement.

De plus, nombre de personnes craignent à juste titre de tomber dans les griffes d’une personne qui ne les respecte pas, qui les enferme dans ses principes et qui leur mette encore plus la tête sous l’eau. Cette crainte est d’autant plus forte que les personnes ont été aliénées et maltraitées dans leur enfance. Pour elles, c’est presque devenu un réflexe de survie que de se méfier à l’approche d’une personne « aidante » qui leur propose de s’ouvrir et de s’exprimer en vérité. Elles ont tellement été manipulées et asservies par ce biais et par certains de leurs proches, qu’elles ont besoin de preuves claires et indiscutables qu’elles peuvent faire confiance en une personne qu’elles croisent avant de s’ouvrir. Engager une relation d’aide avec une autre personne n’est pas un acte banal. C’est démarrer une relation qui peut être très précieuse ou au contraire très destructrice si la personne choisie n’est pas à la hauteur. Alors il est légitime de s’assurer, dans toute la mesure du possible, que la personne que l’on choisit ne va pas être un obstacle de plus sur le chemin de notre libération.

Et comment trouver la bonne personne ? Ou chercher ? Comment s’y prendre ? On peut bien ouvrir l’annuaire téléphonique ou Internet, mais à quelle rubrique chercher ? Psychiatre ? Psychologue ? Thérapeute ? Relation d’aide ? Développement personnel ? Et pourquoi telle rubrique plutôt que telle autre ? Comment faire le tri entre les différentes écoles ? Comment faire si la « bonne » personne est peut-être un peu plus loin de chez soi que la zone couverte par l’annuaire ? Comment faire quand on a besoin d’aide rapidement ? Le moins que l’on puisse dire est que la recherche n’est pas simple.

Alice Miller a beaucoup, et magnifiquement, écrit sur la manière dont des thérapeutes qui sont eux-mêmes restés enfermés dans les souffrances de leur enfance seront incapables d’aider une autre personne à s’en libérer et combien, en fait elles vont agir afin d’enfermer leurs client-e-s encore un peu plus. De plus, certaines écoles professent cette pratique dans leur idéologie même. Plutôt que de défendre l’enfant abusé et de l’aider à se libérer, elles vont l’accuser d’avoir tout inventé et d’être lui la source du mal et d’avoir cherché à « séduire » ses parents. Quand on cherche un allié qui nous aide à nous libérer, on en déduit qu’il vaut peut être mieux aller voir ailleurs.

Certaines écoles, souvent les mêmes que les précédentes, érigent les personnes aidantes en maître à penser, en guide, en « celui qui sait » par opposition à la personne aidée qui doit se soumettre, obéir et se laisser guider. Quand on est soi-même le capitaine de sa barque, ou qu’on souhaite enfin le devenir, quand on souhaite un compagnon (ou une compagne) de voyage respectueux-se, qui nous aide à devenir enfin nous-mêmes, uniques et autonomes, y compris par rapport à nos proches et par rapport à la personne qui nous aide, il vaut peut-être mieux aller voir ailleurs.

Certaines écoles, souvent les mêmes que les précédentes sont encore terriblement engoncées dans le cadre idéologique du patriarcat. Quand on est un homme non sexiste, quand on est une femme et qu’on n’a aucune envie de se limiter à être la domestique d’une autre personne, quand on est féministe et qu’on entend vivre pleinement sa vie sans se laisser entraver par les prises de pouvoir d’autrui, quand on sort des standards patriarcaux en matière de genre, par exemple quand on est soit homosexuel-le, bisexuel-le, transsexuel-le, transgenre, intersexué-e ou une combinaison de ces différentes conditions, il vaut très probablement mieux aller voir ailleurs pour trouver une aide respectueuse et adaptée.

Ce genre d’enfermement peut prendre des tours plus ou moins subtils ou cachés et il est important d’examiner avec soin les a priori idéologiques des personnes auxquelles vous vous adressez. Certaines auront « trouvé la paix en pardonnant », ce qui, en fait, veut dire qu’elles ont mis une chape de plomb sur leur souffrance pour mieux éviter de la ressentir. Assez fréquemment, elles justifieront leur geste par des raisons religieuses ou spirituelles. Cela vaut la peine d’y regarder de très près et de vous demander si elles pourront vraiment vous aider.

Certaines personnes ont une idéologie selon laquelle tout aurait un sens, selon laquelle les personnes ont choisi de naître ainsi que le moment et la famille dans laquelle elles sont nées, etc. Le plus souvent, ces personnes croient en la réincarnation et affirment que les êtres humains « sont sur cette terre pour accomplir un parcours spirituel qu’elles ont choisi avant leur naissance ». Chaque personne est bien sûr libre de ses croyances, mais ce genre de croyance peut-être entravant dans une relation d’aide quand la personne aidante ne sait pas les garder pour elle. Le chemin de libération d’une personne qui a été abusée peut se trouver entravé si elle se trouve face à une personne aidante qui lui dit qu’elle a choisi de naître dans sa famille en toute connaissance de cause plutôt que de l’aider de prendre conscience de toute la vie qui a été bafouée en elle et du caractère criminel de ce qu’elle a subi. Vivre avec un handicap n’est pas une chose facile, mais ça risque de l’être encore plus, quand, une personne aidante va dire à son/sa client-e que tout était voulu dès le départ plutôt que de l’aider à habiter et à faire avec une situation qu’elle n’a pas choisi et qu’elle n’a certainement rien fait pour mériter.

Certaines personnes aidantes se disent aussi « très proches de la nature » et le marquent par une alimentation aussi bio que possible, une vie en campagne, un renoncement à tout traitement médicamenteux allopathiques (et à la contraception). Elles ont, bien sûr, droit à leurs croyances mais il arrive qu’elles tendent à essayer d’influencer leurs client-e-s dans le même sens. Si vous avez vous-même besoin d’un traitement médical important, il est important de vous assurer que la personne que vous choisissez est vraiment respectueuse de votre propre parcours.

Ce point est particulièrement important pour les personnes transsexuelles dont les sentiments sont particulièrement forts et pour qui obtenir un traitement hormonal puis une opération de réattribution de sexe est une question de vie ou de mort. Il est très important que vous vous assuriez que la (ou les) personne(s) aidante(s) que vous choisissez ne soient pas incapables de vous accueillir tel-le—s que vous êtes vraiment et ne cherchent pas à vous entraver sur votre chemin (et c’est vous qui le définissez !).

Même quand une personne n’a pas été formée dans une école dont l’idéologie n’est pas respectueuse des personnes, elle reste un être humain comme les autres avec son parcours personnel, ses forces et ses limites et son propre degré de libération de ses souffrances. Comme le fait remarquer Alice Miller, vous ne pourrez pressentir si elle est (ou non) prête à vous accompagner sur votre propre chemin qu’en lui posant un maximum de questions en ce qui concerne son éthique professionnelle, son propre chemin, sa propre expérience de maltraitance et de libération, sa capacité et sa volonté de vous accompagner sans vous entraver sur votre chemin à vous. Savoir si elle peut se faire superviser en cas de besoin peut aussi être utile. En recevant ses réponses, n’oubliez pas non plus qu’elle vous répond avec son propre parcours avec ses forces et ses limites.

Rappelez-vous aussi que vous avez droit au respect inconditionnel de votre identité et que cela est vrai y compris si vous êtes homosexuel-le, bisexuel-le, transsexuel-le, transgenre ou intersexué-e. Si vous le pouvez n’hésitez surtout pas à poser toutes les questions dont vous avez besoin à ce sujet. Si vous n’êtes pas encore prêt-e à assumer votre identité, gardez à l’esprit que vous pouvez avoir à recadrer la relation voire à changer de personne aidante le jour où vous révélez enfin votre vrai visage. Mais n’oubliez pas non plus que ce changement n’est pas nécessairement un drame et ne croyez surtout pas les personnes qui veulent vous persuader du contraire !