Quel est votre avis sur la loi réglementant le titre de psychothérapeute ?

Laurent Schachmann

Note du 25/02/11 : j’ai décidé de ne pas respecter cette loi. Voir le mini-site : www.psychotherapeute.tv

Note du 17/10/12 : la question n’a plus l’air d’intéresser qui que ce soit, pas même les psychothérapeutes qui paraissent s’être résolus à employer le terme Psychopraticien. Peut-être, dans les années 2020-30, surgira-t-il un nouvel Accoyer qui dépouillera les psychopraticiens de leur titre, les contraignant ainsi à se réfugier derrière un nouveau substantif. Ad lib…

 

Éléments historiques

 

Il y a d’abord eu la loi, dite « loi Accoyer », votée le 9 août 2004 ; cette loi était tellement incohérente que les gouvernements successifs se sont montrés incapables de promulguer des décrets d’application acceptables par le Conseil constitutionnel.

 

Cette loi mort-née a été remplacée, le 16 juin 2009, par la « loi Bachelot » dont le vrai nom est « Hôpital, patients, territoire, santé (HPST) ». Il s’agit de la loi réformant l’hôpital, à laquelle on a ajouté un p’tit bout d’truc (l’article 91 ― excusez du peu !) pour réglementer le titre de psychothérapeute.

 

La FF2P déclare que « son article 91 sur la réglementation du titre de psychothérapeute s’en tient finalement au texte proposé — sans analyse préalable — par l’Assemblée Nationale le 5 mars, et ne tient aucun compte des longs débats et des amendements votés par le Sénat. Il n’a pas pris en considération la situation française réelle, largement exposée par l’unanimité des organisations professionnelles représentatives des psychothérapeutes.
Ce déni de concertation est inacceptable, dans une démocratie de « Droit ».

 

Par ailleurs, « en contre-offensive à l’OPA du gouvernement sur le titre de psychothérapeute : PsY en mouvement est devenu propriétaire de la marque : Psychothérapeute, pour la réserver aux professionnels spécialisés en psychothérapie ». (Source : PsY en mouvement)

 

Le 22 mai 2010, le décret d’application est paru au Journal officiel. Depuis le 1er juillet 2010, je suis hors la loi. Avec l’association PsY en mouvement, j’ai décidé de le rester.

 

Mon avis

 

Ce qui suit a été rédigé vers 2008-2009. Comme tous mes confrères, je suis tombé dans le piège rhétorique que la rédaction de cette loi nous tend : argumenter sur le contenu de la psychothérapie, alors que la loi ne parle que du titre de psychothérapeute. Ce piège particulièrement pervers est démonté dans mon communiqué de presse du 25 février 2011, voir ici.

 

D’après Roselyne Bachelot

psychothérapeute = médecin ou psychologue ou psychanalyste + formation en psychopathologie.

 

Aujourd’hui personne ne peut prétendre savoir ce qui fait le succès d’une psychothérapie. De longues études de médecine ? Je ne vois pas selon quel processus ; des études de psychologie et de psychiatrie ? possiblement, mais cela n’a pas été démontré ; un qualification de psychanalyste ? Certes, la psychanalyse est une approche qui peut convenir à certaines personnes, mais pourquoi la distinguer des autres approches ou méthodes ? Quant à la connaissance de la psychopathologie, elle est surtout utile à la prescription de médicaments — un domaine qui n’est pas celui de la psychothérapie, mais qui réjouit l’industrie pharmaceutique — et peut même se révéler néfaste à la relation psychothérapeute-client (ou patient).

 

Rogers fut un pionnier dans la recherche sur l’efficacité des thérapies. Si ses travaux peuvent être précisés et améliorés, la principale piste qu’il nous a donnée peut continuer à être suivie.

 

D’après Carl Rogers

psychothérapeute = personne ayant une relation de qualité avec la personne aidée.

 

Cette loi aberrante et scélérate va :

  • d’une part permettre à des personnes n’ayant reçu aucune formation de psychothérapeute de se parer de ce titre (médecins — qu’ils soient psychiatres ou non —, psychologues, par exemple) ;
  • d’autre part interdire à des professionnels ayant reçu la formation ad hoc, engagés sur un code de déontologie, validés par leurs formateurs, supervisés par leurs pairs, reconnus par leurs clients de faire usage du titre qu’elles peuvent légitimement revendiquer.

 

Rappelons que cette loi avait pour objectif initial de lutter contre les dérives sectaires et les psychothérapeutes autoproclamés. Dans la réalité, c’est exactement le contraire qui va se passer !

 

Lire un ancien article de Jean-Pierre Sueur, sénateur.